Enterprise


Enterprise

On se dirige donc vers un lieu qui s’appelle Enterprise, sans rapport avec le capitaine Kirk, un mouillage surprenant, on se met à couple d’une vieille épave de baleinier, sans ancre donc. André, notre montagnard, grimpe sur l’épave pour récupérer les amares. On se prépare ensuite pour une petite virée en ski pas loin.

André sur la baleinière Amaré à la baleinière

L’avantage lorsqu’il fait jour tout le temps c’est qu’on peut partir à n’importe quelle heure sans se soucier de la luminosité. La montée se fait assez facilement, je suis même premier de cordée pour faire la trace. La descente est un peu plus compliquée avec une neige croûtée qui n’aura plu à personne sauf Vincent qui est ancien moniteur de ski, il aime la neige, point.

Manchots curieux au débarquement Petit sommet de la balade

Au retour, un autre bateau est arrivé et s’est mis à couple. C’est un magnifique Oyster 885 anglais, le Firebird, appartenant à un miliardaire russe si j’ai bien compris. Bateau en plastique qui a été renforcé pour naviguer dans les glaces, je n’imagine même pas ce que ça a coûté.

Le Firebird avec les visiteurs chinois du Ponant

Le lendemain, le bateau est entouré d’une nuée de zodiacs avec des Chinois en provenance d’un cruise ship du Ponant qui est arrivé dans la matinée. On discute avec les marins qui nous apporteront quelques croissants, c’est sympa de leur part. Le Firebird repart mais nous on va rester ici, même avec un temps assez moyen. On ne skiera pas aujourd’hui. Par contre on va faire une petite balade en zodiac pour voir si on peut trouver un point de départ pour demain quand il fera meilleur. De retour au bateau, Olivier propose un sauna. Oui, le bateau n’est pas super luxe mais il y a un sauna à bord. J’y vais avec Elodie pour commencer, et propose qu’on se baigne derrière. Elle est à la fois très excitée par l’idée et assez anxieuse, terrifiée selon ses propres termes mais elle surjoue un peu je pense. Après avoir bien chauffé pendant près de 45 minutes, un temps rejoint par Carlos qui est ressorti assez vite, je sors et je fais mon premier plouf dans l’Antarctique (l’eau doit être environ à -1°C) quelques secondes avant de remonter et retourner dans le sauna. Elodie me suit quelques minutes après. Nous répéterons l’opération 3 fois pour moi et 2 fois pour elle mais elle est restée plus longtemps, près de 15 secondes au moins la seconde fois. Ensuite ça a été au tour de Vincent qui y est allé une fois, puis Christophe, Jean-Luc et Charles, ces deux derniers ayant même sauté de la plateforme du bateau sous les bravos des touristes (chinois ou peut-être pas, pas demandé) revenus autour du bateau à ce moment-là.

Tout cela est fort satisfaisant même si c’est un peu douloureux aussi. Fort de cette expérience, je peux confirmer que l’espérance de survie en cas de chute dans l’eau ne doit pas être bien longue, on parle généralement d’une minute par degré dans les eaux froides, je ne sais pas comment le calculer dans le négatif. Mais c’est un nouveau point validé dans la bucket list.

Pour le repas du soir, et pour la fête d’anniversaire d’Alfredo, nous avons le droit à un repas à l’espagnole qu’il a cuisiné avec Eve, tortilla et filet de bœuf argentin, gâteau moelleux au chocolat en dessert, beaucoup de nouveautés pour une journée encore bien atypique.

Tortilla by Alfredo Happy birthday Alfredo

Dans la soirée, un nouveau bateau est venu nous voir, mais comme il est plus grand que nous, de type vieux gréement, goélette, il s’est mis de l’autre côté de l’épave. Ce sont encore des Russes, si on a bien compris. Leur amarage était désastreux ce matin à cause de la marée montante qui a tout fait flotter les aussières mais ils semblent rester un peu quand même. Étrangement ils avaient un pavillon britannique hier soir et ils viennent de le remplacer par un pavillon de Malaisie…

L'Eldorado

Dans la nuit toujours, un relativement gros iceberg belliqueux nous a déclaré la guerre et est venu frotter le bateau de manière un peu insistante. Sa tête de sphinx a menacé les haubans par-dessus le pont mais le chevalier Olivier n’écoutant que son courage a pu le décapiter à coup de piolet (je ne m’attarde pas sur la violence de cette scène pour les âmes sensibles) Après près de 3h de combat, l’agresseur a été repoussé victorieusement et gît maintenant dans le fond de la baie, tête raccourcie, un peu moins fier.

Olivier en lutte avec l'iceberg vers 2h du matin

Le temps au matin est le plus triste qu’on ait eu depuis le départ, une sorte de neige fondue rendant le pont glissant et mouillant les vêtements. Il est décidé de faire quartier libre pour la matinée, lecture, musique, réparation de l’hydraulique pour les plus courageux, et de partir après déjeuner lorsque le temps sera meilleur pour une balade en ski ou à pied selon.

Dernier ski

Et c’est reparti pour une recherche de mont à monter et de piste à pister. Le temps est moyen, plafond bas, beaucoup de glace. On passe près d’un premier spot qui n’est pas débarquable, puis un autre pas mieux. On termine sur une petite crique dans Marguerite Bay où l’on peut marcher un peu, sans ski mais dans une pente douce et neigeuse. Laquelle pente est présentement envahie par une nuée d’Américains débarqués du Viking, sans doute le plus gros bateau croisant par ici actuellement. On discute un peu avec les membres d’équipage, ils sont 250 pour 350 passagers. Eve négocie un kg de beurre et une quinzaine de litres de lait, on commence à être un peu court, on prend des photos avec des passagers. De retour au bateau on attend la livraison et constatons avec tristesse qu’ils ne viendront pas, toutes leurs annexes ont été remontées et ils s’enfuient bien plus vite que nous.

Retour au mouillage sur la baleinière toujours échouée et toujours occupée par tribord par l’Eldorado.

Nuit sans attaque d’iceberg, presque trop facile.

Et nous voilà partis pour le dernier ski sur le mont Harris, facilement abordable. On termine la navigation dans une mer de glaçons comme on n’en avait pas encore vu. Le temps qui devait être excellent ne l’est pas, on distingue à peine le sommet, les nuages vont et viennent, pas de coup de soleil pour aujourd’hui. On arrive quand même à partir, sous le regard de deux phoques qui croisent autour du zodiac, mais assez rapidement, nous devons arrêter, plus de visibilité. Yvan et André en profitent pour nous faire travailler un peu la recherche sous avalanche, il est toujours bon de répéter les gestes de sécurité. Puis on redescend dans une pente très douce et une neige bien meilleure que la soupe de la dernière fois.

Navigation dans une soupe de glaçons Départ de la montée du mont Harris Gros icebergs depuis le mont Harris Montée du mont Harris Descente du mont Harris

Retour sur le bateau, un petit groupe de baleines, au moins 5, chassent pas très loin. Les photographes vont faire un tour en zodiac près des très gros icebergs qui croisent à proximité, c’est notre dernier ski. Ce soir on retourne au baleinier avant de repartir pour Ushuaia par le Drake, en profitant d’une fenêtre météo favorable. Ça commence à sentir la fin du séjour. Ce soir, c’est couscous au menu, royal ! Le temps de repartir, la météo s’est bien améliorée, grand bleu, mais impossible de repartir skier sous peine de rater la fenêtre météo et de prendre tempête au Cap Horn, personne ne veut ça.

Visite de gros icebergs

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