Paradise Bay
Paradise Harbour
Tout est dans le nom et il n’est pas usurpé. C’est une baie paradisiaque. Un mouillage d’une tranquillité absolue et un accès à de multiples spots de ski.
Le trajet n’a cependant pas été de tout repos, en particulier au départ, avec beaucoup de glaces à éviter et un peu de vent de face. On navigue par le passage Pelletier, magnifique, puis un peu de mer ouverte agitée, et on entre dans la baie. Et là, tout se calme, il n’y a plus une ride sur l’eau, toujours un peu de glace mais ça passe. Il faut maintenant se faufiler jusqu’au mouillage par un passage assez étroit à cause d’une maurène sous l’eau qui bloque un peu la passe. Mouillage avec deux aussières arrières dans un calme absolu et un décor splendide.
Hoegh
Au matin, les lumières du levé éclairent les montagnes au loin, c’est ma-gni-fique. On part pour notre premier spot, le Hoegh, un sommet à 890m environ. On passe devant la base Argentine qui est en cours de ravitaillement puis la base chilienne qui est très proche du point de départ tout en croisant nombre de baleines qui sont très friandes de l’endroit. On en voit même un petit groupe au loin en train de chasser le krill. Puis on mouille une première fois. Équipement complet plus le gilet de sauvetage pour le transfert. Il fait un soleil radieux et on a un ciel d’un bleu limpide. On va cramer, même si pour moi c’est déjà un peu fait, je vais juste m’achever. On est pour la première fois sur le continent ! Pendant notre escapade, les glaces dérivantes et le vent obligeront le bateau à changer de mouillage au moins trois fois. Pas de tout repos la navigation en Antarctique…
La montée se fait assez facilement dans un décor fabuleux, plus on monte et plus la vue se dégage mais où qu’on regarde, c’est beau. Trois cordées de trois, trois quatre crapahutent entre séracs et crevasses. Arrivée au sommet. Je manque de qualificatifs pour exprimer la beauté absolue du lieu à 360. C’est à couper le souffle. On passe en mode descente et on glisse dans ce décor de folie sur une neige vierge quasi parfaite bien qu’un peu molle, la perfection n’est pas de ce monde mais on l’a presque touchée du doigt aujourd’hui.
On remonte à bord avec des étoiles plein les yeux. Les militaires de la base chilienne ont demandé à visiter le bateau, on les accueille donc à bord pour un petit verre à l’amitié franco-chilienne (???) avant de retourner à notre mouillage à une heure trente de navigation. On arrive suivi par un second ketch, l’Ocean Tramp, un autre bateau d’exploration connu de notre capitaine, un peu plus petit, skippé par un capitaine gallois et avec des passagers argentins. Ils se mettront à couple pour la nuit. Le temps qu’ils fassent cette manœuvre, un troisième voilier se pointe, encore plus petit et probablement privé. Encore des Argentins. Ils vont mouiller en fond de baie. Cet endroit est décidément bien fréquenté !
Île Lemaire
Nouveau matin avec des lumières de nouveau incroyables, notre voisin est déjà parti sans bruit, on retourne dans le même coin pour une nouvelle randonnée. On est sur l’île Lemaire, le sommet n’a pas de nom particulier, il est un petit moins haut mais la randonnée est plus longue avec une petite descente au milieu avant d’attaquer de nouveau la montée vers le sommet après un passage de crête. Je découvre la descente en ski avec les peaux de phoque et encordé, bah, c’est pas fou fou.
On passe quelques crevasses sous la supervision de nos guides et on arrive au sommet avec de nouveau un décor incroyable. On peut même voir quelques baleines au loin dans la baie. La descente se fait en deux temps comme la montée, avec quelques passages pas trop évidents pour moi qui n’ai pas un niveau de folie en ski, je préfère bien plus la montée où mon entraînement de coureur présente plus d’atouts !
Au point d’embarquement se sont installés 4 phoques, ou peut-être léopards, on n’est pas bien sûr. Dans le doute, on s’abstient de trop s’approcher au cas où. Ils étaient déjà à roupiller là au départ et ils n’ont pas bougé pendant les 5h de rando. Dans une vie ultérieure, je m’imagine bien léopard ou phoque…
Pendant notre périple, une baleine est venue faire un coucou prolongé au bateau, à quelques mètres. Elle s’est reposée là pendant près de vingt minutes en faisant la belle avant de plonger pour de nouvelles aventures. On va repartir pour le même mouillage et une troisième nuit au calme, on verra s’il y a encore du monde.
Troisième jour au paradis
Ce matin on repart pour un nouveau spot de ski. C’est toujours encombré sur la route et il y a un peu de vent. Après 3h de navigation, à l’approche du point de départ pour la randonnée, on croise un grand nombre de baleines, ça souffle de tous les côtés, elles plongent de partout, jusqu’à trois en même temps, une symphonie de queues de baleines à l’horizon, c’est un moment suspendu dans le temps. On voit aussi beaucoup de manchots sur leur glaçon, ce doit être un endroit particulièrement riche en krill.
Par contre le vent et la mer ne nous permettront pas de nous rendre sur le départ, ou si on y arrive, rien ne garantit qu’on pourra en repartir. N’ayant pas envie de passer la nuit sur la glace à attendre un hypothétique retour au calme, on continue notre route pour un autre spot. Encore quelques heures de route pour y arriver en espérant que le temps va s’améliorer. C’est aussi ça les expéditions dans les terres hostiles, on n’a aucune garantie de pouvoir faire ce dont on a envie. Même le paradis a ses côtés sombres.