La vie se comporte parfois comme une chienne. On a l'impression d'être calé sur des rails, d'avancer plus ou moins paisiblement mais dans une direction bien déterminée.

Et puis un jour, alors qu'on est à trottiner tranquillement, elle vous coupe les deux jambes et vous regarde narquoisement en murmurant "et maintenant, tu fais quoi petit malin ?". Mois elle m'a fait le coup. Avec Karine, on formait un de ces couples qui se promène toujours en se tenant par la main, toujours heureux d'être ensemble. Et on se voyait très bien vieillir comme ça. On a connu des moments magiques, des sommets dans le bonheur, le vrai grand amour. J'en suis heureux, je ne sais pas si tout le monde connait ça. Et puis le 18 janvier 2011 sonne la fin de l'histoire.

Mais tout ça je l'ai déjà raconté.

Et après ? Comment est-ce qu'on se reconstruit quand on s'est bâti un avenir à deux et que finalement non, ce ne sera pas celui là.

Je le fais depuis un peu plus de trois ans, de manière un peu automatique, et puis là, comme j'y réfléchi de puis quelques temps, j'essaye de comprendre rétroactivement ce qui m'a amené à faire ces choix.

Déjà, quand on a touché le fond, il faut repartir, redonner un sens à sa vie. N'ayant plus de plan qui tienne, j'en ai élaboré un nouveau. Ayant connu des extrêmes en terme de joies ou de peines, je me dis que je n'ai plus grand chose à craindre. Alors autant se donner un objectif qui vaille le coup, essayer de vivre heureux.

Le bonheur est quelque chose de très subjectif, sa définition va varier d'une personne à l'autre. Pour moi, j'ai essayé de me le figurer de manière simple, en supprimant beaucoup de choses qui n'avaient plus de sens maintenant que je n'avais plus la moitié de mon être pour les partager.

Faire le tri

On a plein de choses qui comptent dans la vie. On a plein d'envies. Toutes ne sont pas forcément indispensables ni même parfois compatibles entre elles. J'ai commencé par faire le tri.

Comme je n'ai plus qu'eux, il m'a semblé important de tout faire pour ne pas rompre la communication avec mes enfants. Et la communication avec les ados, c'est pas forcément quelque chose de facile.

Ne pas tomber dans le parent copain et ne pas devenir l'ennemi. Ils ont tendance à ne pas faire dans la demi mesure et c'est du coup pas simple à gérer. Partisan du principe plus général voulant que l'on devient responsable en se voyant confier des responsabilités, je l'applique avec eux. Et puis communiquer, parler, échanger, partager, tout dire, les bonnes comme les mauvaises nouvelles. Ça avait bien marché pour la maladie, pas de raison que ça ne fonctionne pas pour le reste.

Choisir de privilégier son bonheur.

Dit comme ça, ça parait égoïste, mais non, il ne faut pas s'y tromper. On peut trouver son bonheur en aidant les autres, en partageant, de plein de manières différentes. Pour moi, ça se résume à vivre peut être moins d'expériences, mais les vivre plus intensément. Qu'est-ce que ça veut dire ? Simplement que je vais consacrer mon énergie à faire des choses qui d'une manière ou d'une autre vont contribuer à avancer vers un de mes objectifs. Et ça passe par faire le tri dans tout ce que je pourrais faire et ce que je vais finalement faire.

Éliminer tout ce qui pompe de l'énergie de manière inutile. Je n'essaie pas de me mesurer avec d'autres, ça ne m'intéresse pas (ou plus, je l'ai fait dans ma vie antérieure, comme beaucoup de monde). J'ai toujours été un pragmatique, mais là, ça devient carrément un style de vie.

La mesquinerie ou l'envie, ces travers de petits chefs tellement français, ça n'apporte pas grand chose sur le plan personnel, autant ne pas y consacrer trop de temps. N'ayant pas le culte du secret, c'est d'autant plus facile. Ça aide à dire ce qu'on pense et à faire ce qu'on dit.

Se donner les moyens d'atteindre ses objectifs

Décider qu'on va faire ce qu'on a envie de faire ne se traduit pas par une baisse d'activité, mais plutôt par une augmentation du travail à accomplir pour y arriver. C'est dans ce sens que je choisis mes engagements. J'ai parfois l'impression d'avoir un trop grand nombre d'activités, entre la société, le fond d'investissements, la musique, le sport, la maison, les enfants et maintenant la mairie. Mais je me réalise de manière différente dans chacune d'entre elles, et ça vaut donc le coup de se reposer moins et d'en tirer autant que possible la substantifique moelle de bonheur.

Et la suite

J'ai accompli pas mal de chemin en trois ans. Il en reste encore beaucoup à faire, sur des domaines encore compliqués à gérer. Karine m'avais dit de ne pas rester seul après son départ, mais pour le moment, je n'en suis pas encore là. J'ai même bien du mal à l'imaginer.

Mais j'ai mes objectifs, un nouveau plan, je me donne les moyens de les accomplir (j'essaye en tout cas) et j'ai bon espoir d'y arriver. Et ça vaut le coup de se battre pour ça.